Délits de presse

Liberté d’expression sur l’intégration de musulmans  | 4 octobre 2019

Le sens et la portée de propos susceptibles d’être sanctionnés pour discrimination à l‘égard des musulmans et tenus lors d’une émission radiophonique, doivent être appréciés en tenant compte des éléments intrinsèques et extrinsèques au support en cause, tant le contenu même des propos que le contexte dans lequel ils s’inscrivent au cours de l’émission, et par rapport à la perception et la compréhension de l’auditeur moyen.

Un auteur relaxé

L’auteur d’un ouvrage sur les « territoires perdus de la république » a été relaxé du délit d’appel à la discrimination. Ses propos, tenus au cours d’une émission de radio, ne s’appliquaient pas à tous les musulmans de France, ni même aux « musulmans croyants et pratiquants » mais à ceux qui se trouvaient dans les territoires où les musulmans étaient nombreux et salafistes.

Contexte du débat

La portée du délit a été appréciée dans un contexte de vif débat oral. En l’occurrence, un historien, rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah, a été invité à débattre avec un  directeur de recherches au CNRS, au cours de l’émission «Répliques» (France-Culture). L’auteur avait tenu les propos suivants :

«L’intégration est en panne aujourd’hui effectivement nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés» et «Cet antisémitisme violent viscéral que l’enquête Fondapol de I… E… a bien mis en évidence l’année dernière, on ne peut pas le laisser sous silence. Or ça c’est antinomique de la nation française, il n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne sera pas débarrassés de cet antisémitisme atavique qui est tu comme un secret. Attendez je termine. Il se trouve qu’un sociologue algérien, S… C… d’un très grand courage vient de dire dans le film qui passera sur France 3 « c’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tète avec le lait de la mère »».

Délit de provocation exclu

Le délit de provocation prévu par l’article 24, alinéa 7, de la loi du 29 juillet 1881 est constitué uniquement lorsque son auteur a entendu susciter un sentiment de haine ou de violence à l’encontre d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine, de leur appartenance ou non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

La juridiction a considéré que la référence au lait maternel ne devait pas être prise au pied de la lettre, s’agissant manifestement d’une expression imagée d’un usage courant, d’une métaphore qui renvoie en l’occurrence à des notions de culture et d’éducation, et non à un déterminisme biologique ou génétique susceptible de se propager nécessairement à l’ensemble des « familles arabes » , il en va de même des mots, certes très forts « viscéral » et « atavique », qui dans le contexte se comprennent comme reliant l’antisémitisme à une tradition familiale profonde et ancrée.

Même dans un débat oral mouvementé, le prévenu, historien chercheur expérimenté et connaissant le sens des mots, a employé l’article défini « dans les familles arabes », sans dire « dans toutes les familles arabes » ni « dans des familles arabes ».

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